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Tropical dérapage immobile – Poésies et dessins

Les textes évoquent l’insularité, l’altérité et le paradoxe. Ils sont accompagnés de onze dessins de l’auteur, au trait et au lavis.L’ensemble exprime un état d’être, un rapport aux autres et à la nature, ancrés ici et ouverts au monde. La manière de vivre est personnelle, le paysage est local, le bestiaire familier.

L’auteur l’avoue, la poésie l’a toujours accompagné, lue, parlée et écrite. Sans pour autant qu’il ait jamais eu d’ambition particulière dans ce domaine: « C’est comme un petit outil précieux au fond de la caisse, je m’en sers toujours, mais ne le montre pas. » Après des années d’écriture, il a finalement décidé de montrer une partie du contenu de ses carnets.

Poèmes et dessins sont réalisés parallèlement, sans rapport direct, si ce n’est un état d’esprit commun et la même main qui exerce son trait, ou son verbe, au fil de ces pages de poche, le plus souvent dans les lieux publics.

Bibliophile passionné, Laurent Segelstein a souhaité donner à son livre la forme des volumes édités selon les normes anciennes, pour maximiser le plaisir de la lecture. Les pages intérieures sont imprimées sur un papier ivoire, réparties en 8 cahiers de 16 pages, pliés et cousus. La tête des pages n’est pas coupée, le lecteur les découvrira deux par deux en les séparant au coupe-papier.

Cet ouvrage a bénéficié d’une aide à la publication du dispositif d’aides aux entreprises culturelles de la Région Réunion.

 

Paroles de kabary : hain-teny, ohabolana…

 Une anthologie de la parole poétique à Madagascar

Véritable institution à Madagascar, le Kabary est une joute oratoire où les participants échangent les proverbes ohabolana issus de la tradition malgache. Ce tissage collectif de la parole poétique, trait commun des cultures de l’océan Indien, a été jadis popularisé par Jean Paulhan ou Jean-Joseph Rabearivelo.

Voilà un livre qui vous propose de voyager à la rencontre de ces trésors anonymes, porteurs d’une subtile sagesse. Une cinquantaine de proverbes traditionnels sont rassemblés dans la première partie, avec leur traduction française et, pour une dizaine d’entre eux, une version en kréol rényoné.

La deuxième partie du livre montre l’influence de cet art traditionnel sur la création poétique actuelle à Madagascar à travers une sélection de textes de poètes modernes et contemporains.

Les textes ont été rassemblés, et traduits du malgache si nécessaire, par Nicolas Gérodou. L’ensemble est ponctué d’un système d’ornement graphique inspiré des motifs de l’art du tatouage malgache et réalisé par la jeune plasticienne Chloé Robert.

Cet ouvrage a bénéficié d’une aide à la publication du dispositif d’aides aux entreprises culturelles de la Région Réunion.

 

4 manières de lire Leconte de Lisle

Lire les poèmes de Leconte de Lisle à haute voix et en public, voilà la vraie manière de les apprécier. C’est encore mieux quand cela se passe dans le paysage grandiose de la Pointe au Sel, que le jeune Charles-Marie Leconte de L’Isle a certainement parcouru alors qu’elle s’appelait encore « Pointe de Bretagne ».

Quatre « diseurs » aux styles très différents ont relevé le défi devant une cinquantaine d’amateurs de poésie rassemblés dans la salle d’exposition du Musée du Sel.

Le meneur de jeu était Patrice Treuthardt en grand maitre du kabar. Il a choisi d’abord un texte qui magnifie le coucher du soleil avec « L’orbe d’or » puis il a évoqué « Le Piton des neiges » où « La lumière s’éveille à l’orient du monde ».

Au troisième et au quatrième tour son choix s’est porté sur des poèmes d’inspiration hindoue, la « Prière védique pour les morts » et  « La Maya » déclinaison personnelle de Leconte de Lisle à partir des multiples sens du mot sanskrit.

Jaya Yogacharya, professeur de yoga et grande connaisseuse de l’hindouisme, a enchainé avec une diction très classique. Son premier choix de texte s’est aussi porté sur un hymne védique : « Sourya » antique divinité représentée par le soleil. Puis elle a rendu hommage à l’ermite légendaire, auteur du Ramayana, avec le texte spectaculaire intitulé « La mort de Valmiki »,. Changeant de registre, elle a présenté ensuite les brillants tableaux orientalistes que sont « Le sommeil de Leilah » et « Le Désert ».

Alain-Marcel Vauthier, président de l’Académie de l’Ile de La Réunion, a choisi de déclamer tout d’abord « Mille ans après », un texte qui, selon lui, «bat en brèche l’idée d’un Leconte Lisle tout froid qui ne fait qu’assembler les mots et ne vibre pas … ». Il nous a fait partager ensuite la beauté formelle de « La Vérandah » et nous a emmenés au loin avec « Le sommeil du condor » et « L’albatros ».

Mohamed Absoir, étudiant et slameur, a adapté avec bonheur le flot de sa parole au rythme impeccable de la métrique de Leconte de Lisle. Il a d’abord choisi de nous émouvoir avec « Le frais matin dorait », l’histoire d’un amour brisé dans son élan, puis avec la mélancolique beauté des « roses d’Ispahan ». Poussant plus loin le voyage et la découverte il nous a conté ensuite « La genèse polynésienne » où « L’être unique, le grand Taaroa se lève … Pôles, rochers, sables, mers pleines d’îles, Soyez !

Il termine avec un texte brûlant d’actualité sur le requin « sinistre rôdeur des steppes de la mer ». Le texte est intitulé « Sacra fames – la faim sacrée ».